23.08.2008

Faut-il être agrégé de philo

rodin.jpgpour être un "bon socialiste"?

A la lecture de la réponse faite par Manuel Valls sur Rue 89 à la question : " Le PS peut-il être l’avenir de la gauche ? " on est en droit de se poser la question.

Morceaux choisis :

"Votre question relative a la « théorie des deux gauches » fait référence à un vieux débat dont les premiers épisodes remontent a la construction du socialisme a la fin du XIXe et au début du XXe siècle. La controverse entre Bernstein et Kautsky, figures historiques de la social-démocratie allemande, représente un épisode décisif qui a permis d’ouvrir le débat sur le renouvellement des doctrines socialistes."

Dans mon petit Panthéon personnel des grandes figures socialistes, j'en étais resté à Jaurès, Mendès, Mitterand, Blum, enfin des gens qui ont donné leur nom à des collèges, des rues. Bernsteins et Kautsky, je ne savais même pas qu'ils existaient.

Mais heureusement, fort pédagogue, l'homme aux quotas pour l'immigration nous en dit plus...

" Bernstein dénonçait la schématisation à outrance de la dialectique marxiste, qui ne correspondait plus à la réalité ouvrière, qui se transformait. Il voulait réviser l’analyse marxiste pour l’adapter au XXe siècle naissant, et renoncer aux chimères d’un renversement du capitalisme."

Ouf, on en sait un peu plus sur Bernstein, c'est un des premiers anti marxistes.

" Kautsky se posait, a l’inverse, en gardien de l’orthodoxie marxiste. En France, cette controverse a été relayée par Jaurès et Guesde, qui ont brillamment éclairé le débat doctrinal entre réforme et rupture, chacun traçant sa propre voie vers le socialisme. Aux thèses collectivistes de Guesde, Jaurès opposait un réformisme institutionnel et républicain et une vision du socialisme intimement liée a l’idée démocratique. "

Kautsky était pro marxiste... un futur stalinien, quoi. Et chouette, je retrouve mon Jaurès et Guesde, dont j'ai entendu un peu parler... Je me sens moins sot d'un coup...

Je saute quelques lignes et on retrouve un philosophe en vie (il parait que ça existe ) :

" Bernard-Henri Lévy fait partie des auteurs contemporains qui ont conceptualisé cette coexistence de deux gauches en distinguant une gauche « mélancolique », qui accepte de faire le deuil d’une société idéale, et une gauche bercée de lyrisme, qui se rattache à des valeurs refuges en refusant la confrontation au réel. "

BHL, il nous manquait. il est justement d'actualité sur le même site, sous  le titre : "BHL n'a pas vu toutes "ses choses" en Georgie "

Où l'on voit que la confrontation au réel est un art dans lequel BHL excelle, enfin, un réel très relatif et approximatif.

Moi, j'ai plutôt passé l'été avec Chandler et son détective Marlowe (mais attention : traduction Boris Vian himself).

Aucune envie de me plonger dans "  Les présupposés du socialisme (Ed. du Seuil, 1974), de Bernstein, ou Materialistische Geschichtsauffassung (La Conception matérialiste de l'histoire) de Kautsky, (source Wikipédia, comme d'hab).

Même les contributions générales sont restées gentiment enterrées sous trois bouquins de jardinage qui, eux, m'ont bien servi.

Bravo donc au camarade Valls, il nous livre là une langue de bois de qualité, on en a pour notre argent.  C'est au moins du pallissandre, ou du bois de rose (ça s'impose).

Atterris, camarade, le gasoil est "redescendu" à 1,31 euros, le panier de la ménagère explose, Edvige va ficher tout le monde, du terroriste sanguinaire au militant associatif le plus pacifique (en passant pas les syndicalistes et autres politiques), et Hortefeux propose à Darcos une circulaire sur l'intégration scolaire des enfants d'immigré... Tout un poême, mais plutôt macabre.

Alors Berstein, Kaustky et autre BHL, tu les ranges au fond du placard, on saura que tu les a lu, c'est bien, mais dans la vraie vie, il se passe des choses graves!

01.08.2008

Offrez vous une Siné cure

couvertue_faux_antisemite_protocole_des_sages_de_sion.jpgJ'ose l'affirmer, le péril juif existe encore. Surtout, c'est le mot "juif" qui est périlleux. Si on l'utilise pour dire du bien, affirmer qu'on n'est pas anti sémite (ce qui est le minimum) que c'est une religion (certains iconoclastes libre penseurs diront une superstition) comme les autres, ok, on est dans les clous, ça passe.

Mais si on l'écrit dans un contexte un peu critique, pour expliquer comment, par exemple, un fils de bling bling veut être encore plus bling bling, faire un  beau mariage mais, tradition oblige, il doit se convertir...

Alors là, méfiade. Si il se convertit à la droite, en venant de la gauche, ça passe, tout le monde s'en réjouit. Si il devient protestant, musulman ou bouddhiste, pas de problème, tout le monde s'en fiche. Mais si il devient "juif", et qu'on le dit, alors là, tollé, scandale, haro sur le messager. Six millions de morts de la shoah lui tombent dessus, l'affaire Dréyfus, les pogroms, les exterminations espagnoles et polonaises, il en devient le sinistre complice. Il aurait dit musulman, on ne lui aurait pas reproché les ratonnades et  autres gégènes algériennes. il aurait écrit protestant, l'Edit de Nantes n'aurait pas ressurgit du Béarn profond (ou Bayrou dormirait toujours).

Mais "juif"... pas touche. Que le transfuge déiste se nomme Sarkozy fils devient anecdotique, qu'il se convertisse, jusqu'à plus ample informé, afin d'entrer dans une des plus riches familles de France, no problémo. Cela dit, il n'est pas le premier, cela arrive aussi même chez les pauvres, parce qu'ils s'aiment, tout simplement, et l'un des deux franchit le Rubicon (ou le Jourdain, c'est selon). Cette simple mise au point des futurs époux ou de leurs amis (ils en ont de plus en plus tous les jours) aurait suffit. C'est beau, l'amour, encore plus quand on a des sous (c'est alors beau et peinard...).

Vous l'aurez deviné, je parle " l'affaire Siné", qui devient le feuilleton de l'été. plus passionnant que la réforme du code du travail et la mise à sac de 90 ans d'acquis sociaux.

Alors on défend les caricaturistes danois qui s'en prennent au prophète Mahommet, on s'insurge contre les restrictions de la liberté de la presse en Chine, mais qu'un caricaturiste - car Siné c'est d'abord un caricaturiste- égratigne un peu le pouvoir en place, fasse mention de son abjuration (car avant de se convertir, il faut bien qu'il abjure le catholicisme, non?), et il faut le brûler en place de Grève, lui et ses dessins?

On se calme, un peu?

Je pense à cette citation (apocryphe) de Voltaire :« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » J'aurais aimé la retrouver quelque part, sous la plume d'un des concurrents en lice pour la bataille de Reims, mais en première page du site du ps, rien, un ange passe (eux, ils sont à la fois juifs et chrétiens et même musulmans, c'est pratique). Un iconoclaste de Solférino est certes monté au créneau, et prend position pour défendre Siné. Allez faire un tour sur le Blog de Filoche, bien alimenté et à jour. Vous pouvez même signer la pétition en ligne .

Je n'ai pas fait le tour des blogs des prétendants, alors si vous pouviez me démentir, ça me rassurerait. je sais que Delanoë a signé 'le point de vue des vingt" , disant notamment : Siné (vient) de franchir la barrière qui sépare l'humour de l'insulte et la caricature de la haine". Cela ne le met pas du côté des défenseurs de la liberté d'expression.

Ce qui confirme "qu'on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui" (super banco à qui retrouve l'auteur), et pour preuve ce monument de l'humour français :