05.04.2009

Le PS est-il un parti de lutte ?

Grandjouant8H.jpgLa question en elle même est incongrue. Parti Socialiste, lutte ? On  n'a pas l'habitude d'associer ces termes.

Il est vrai que le parti a abandonné la notion de lutte des classes depuis quelques temps déjà, et que l'Internationale ne résonne plus lors de ses congrès. Le parti est un parti "RESPONSABLE", de gouvernement, de réforme, de changement, de rénovation, on peut en rajouter des kilomètres, mais pas un parti de "lutte".

Sur ce terrain, on a (avait?) Lutte Ouvrière, avec la chère Arlette. Alors bien sûr, pas question de fricoter avec ce concept, gauchiste irresponsable, et d'utiliser le même vocabulaire.

La CGT, en Saône et Loire,  tenait récemment son congrès. Extraits du canard local :

"Pour conclure ce congrès, Jean-Pierre Gabriel a appelé les 180 délégués présents, de la CGT et des autres syndicats, « à mettre en œuvre une véritable lutte des classes du XXIe siècle, pour affronter la perversité du système capitaliste »."

Bon, eux ils chantent encore l'Internationale, alors on peut pas comparer. Eux, ils sont dans les usines, les ateliers, les bureaux, les manifs et les défilés, peut-être qu'on n'a pas le même point de vue, le nez sur le bitume, que du haut des chaires électives. Eux, ils proclament la lutte permanente, forcément, si on suivait, on aurait du mal.

Mais attention, le PS voit bien qu'il se passe des choses dans le pays, que les gens ne sont pas trop contents. Il y en a même qui s'énervent. Alors on agit.

On visite quelques usines en grève, on va dans quelques manifs, quand la mayonnaise est déjà bien montée, on interpelle gravement à l'Assemblée, dans les conseils généraux, régionaux, etc...

On ose même affirmer, dans l'Hebdo de mars 2009, numéro spécial, " Les Socialistes à l'écoute de la colère sociale".

Difficile de ne pas la voir, cette colère, et elle est facilement illustrée dans l'Hebdo. Difficile de ne pas la comprendre, l'analyser, la montrer.

Plus difficile apparemment de la partager, de s'y associer. On est à "l'écoute", pas avec, pas dedans. L'écoute, en travail social au moins, est une technique de base : en écoute, on reformule, mais on reste bien en distance du malaise des personnes, on ne rentre pas dans "leurs problématiques", pour jargonner un peu.

Le PS est donc bien à l'écoute, pas avec, pas dedans, à l'extérieur. La colère, il ne la partage pas, la craint même un peu : des débordements sont si vite arrivés. Et surtout, que faire?

Ah si, on a trouvé.

" L'Europe : la première réponse des socialistes." Je ne rigole pas, c'est texto le sommaire du numéro spécial. Les prochaines échéances sont justement les élections européennes, n'y voyez là qu'une coïncidence.

Et je reviens à mes luttes.

Non, le parti n'est pas dans les luttes, les combats quotidiens de toutes les catégories de salariés (y compris les chômeurs) pour améliorer ou seulement préserver les conditions de vie, de travail, de santé, etc... le parti est dans les campagnes électorales, internes, nationales, locales, européennes, etc.

Il est dans le jeu des chaises musicales, "je te pique ta place, mais tu en auras une autre la prochaine fois, promis juré".

Alors plus que la lutte des classes, c'est la lutte même que le Parti a abandonné. Il a remplacé ce mot par stratégie, ce qui n'est quand même pas la même chose. C'est la lutte des places (désolé, j'ai pas pu m'empêcher).

Et quand des millions de français bouillent de colère, le Parti leur répond " je vous ai compris". Pas bête, les français, ils ont un peu de mémoire et se souviennent de De Gaulle, on leur refera pas deux fois.

Allez, pour se la remettre en tête :


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Commentaires

désolé rien d'autre à dire

Ecrit par : manu | 07.04.2009

moi si... Très juste sans doute,et ça fait plaisir de pouvoir te lire à nouveau, mais c'est l'éternel débat : rester pour que ça change ou partir parce que c'est pas très joli, ni constructif, de cracher dans la soupe et que ce n'est pas les 20 % d'un parti qui vont le changer... Quoique.. Avec le temps et de l' énergie...

Je voulais te donner le lien sur média part et la lettre de Marlière à Martine et aussi celui sur la Suite dans les idées du mardi 31 mars , avec le fondateur de Terra nova et un historien, Vincent Duclert, qui faisait des remarques très pertinentes (c'est drôle comme la pertinence devient vite de l'impertinence, de même que la vérité est synonyme de méchanceté quand elle déplait à celui qui l'entend...), mais je n'y suis pas arrivée...

Ecrit par : felix | 08.04.2009

C'est pour ça que je ne comprends pas... qu'on se tourne vers le PS tel qu'il est devenu. Je n'ai pas une grande culture politique et c'est sûrement un obstacle à la compréhension, mais enfin quand la grande bourgeoisie s'est emparée de l'industrie, pour en faire un instrument de richesse et de pouvoir, il y a eu des luttes sociales. Aujourd'hui la crise mondiale, et les crises à venir (celle de l'eau, entre autre, hélas) ne laissent guère le choix : soit je me protège du côté des plus riches (d'où le protectionnisme des pays riches), je sauve ma peau mes biens, et après moi le déluge (parce que la merde va tomber sur tous, à un moment ou à un autre : que laisser à ceux qui viennent après nous ?), soit j'entends que continuer sur ce mode met tout le monde en péril à moyen ou à long terme, et je lutte pour un changement de système...dont certains pays émergents ne veulent pas, dont les gouvernants des pays les plus pauvres ne veulent pas (puisqu'ils batissent leurs fortunes perso là dessus, etc), et dont les classes moyennes ici ne veulent pas nécessairement (voir l'utopie de la décroissance volontaire - je n'ai rien contre les utopies ! - ceux qui en parlent beaucoup ne sont pas nécessairement ceux qui y consentent dans leur propre vie). J'ai cru comprendre que cette question, du libéralisme capitaliste, est au fond de la question du Traité de Lisbonne, d'où la rupture entre le PS et le Parti de Gauche par exemple.
Bref : pourquoi ne pas aller vers ces mouvements là, ceux qui clairement veulent un changement de système ? (je pose la question "naïvement", mais je me la pose vraiment).

Ecrit par : facteur perplexe | 09.04.2009

Le PS n'est pas un parti de lutte tant que nous militants acceptons sans broncher le cynisme des élus PS. (Je ne les mets pas tous dans le même sac).
Dénoncer leur immoralité reste une nécessité absolue et leur demander de se positionner clairement dans le jeu politique, une question récurente.
C'est ainsi et bien que celà soit fatiguant, nous devons en passer par là.
Rappelle toi JM (Le cumul des mandats)
(la représentation de nos élus dans les manifs)
(La chasse aux élus RESF)
(La motion C)
Aujourdhui la RCEA et tout le reste.
La lutte c'est qui? c'est toi, c'est nous, c'est eux contre nous puis avec nous.

Quelle fatigue la lutte !

Un grand Weekend de repos et + pour tous les lutteurs infatiguables.

A+ Bernard.

Ecrit par : Bernard Millet | 10.04.2009

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